Chongqing et le Yangtze
Chongqing est une ville sans grand intérêt touristique si ce n’est qu’elle est un port important du 3e plus long fleuve au monde, le Yangtze (ou Yangtzi). A l’instar de plusieurs autres villes chinoises, Chongqing a connu un essor fulgurant avec près de 10 millions d’habitants pour la ville même et plus de 30 millions pour la grande région urbaine. Le centre-ville de Chongqing n’a rien à envier à Manhattan avec ses gratte-ciels illuminés et ses grandes places bordées des plus grands magasins.
Pour nous c’était surtout notre port d’embarquement pour une croisière de 3 jours sur le Yangtze. C’était notre première croisière et globalement nous avons apprécié passer enfin quelques jours à nous laisser porter sans prendre de décisions et sans avoir à reboucler nos bagages pour l’étape suivante. Nous avons un peu moins apprécié la cohue lors des visites en groupe à terre mais cette première expérience de croisière fut quand même positive.
Il faut savoir que les chinois, qui individuellement sont très courtois, perdent tout sens civique dès qu’il s’agit de faire la file. Ils n’hésiteront pas à vous bousculer pour vous dépasser, à s’accrocher à vous, à vous pousser pour vous faire accélérer le pas s’ils ne peuvent passer… C’est sans doute l’héritage d’une époque où ils manquaient de tout et devaient faire la file pour obtenir de quoi survivre mais pour nous occidentaux, ce peut être plutôt agressant.
Mais le summum de ce comportement a été observé par François lors d’une étape sur un site particulièrement populaire et qui, en attendant à la toilette qu’un urinoir se libère, a vu un chinois le bousculer pour passer devant lui et s’installer à côté de l’occupant dudit urinoir pour pisser dedans en parallèle sans que le premier arrivé ne s’en offusque… Plutôt étonnant ! (malheureusement pas de photo à l’appui ici non plus 😉).
Note 1 : Il eut été facile ici de faire un jeu de mot et de dire que le chinois n'aime pas faire la queue mais nous nous abstiendrons...
Note 2: Sachez qu'Annie n'a rien à voir avec ce jeu de mot... ;-)
Notre bateau de croisière pouvait accueillir près de 400 personnes et nous étions environ 350 pour notre séjour dont 90% étaient chinois. Notre trajet nous amenait de Chongqing à Yichang pour un parcours de quelque 600 km sur le célèbre fleuve. Nous avons été étonnés par le confort et le silence du navire qui pouvait quitter son point d’amarrage sans même que nous nous en apercevions.
Les paysages le long du parcours étaient magnifiques, surtout à partir du deuxième jour où nous nous sommes engagés dans la première des 3 fameuses gorges du même nom. Mais ce périple nous aura aussi fait réaliser à quel point nous sommes choyés au Québec par une nature spectaculaire et nous constations que le fjord du Saguenay n’a rien à envier aux Trois-gorges du Yangtze.
Nous étions assignés à une table d’occidentaux où nous avons fait connaissance avec trois jeunes agentes de voyage australiennes, un couple d’anglais de Manchester ainsi qu’une mère sino-américaine qui avait émigré en Californie il y a une quinzaine d’année et qui prenait quelques jours de loisirs avec sa fille dans le cadre d’un voyage d’affaires. Celle-ci nous confirmait à quel point la Chine avait évolué dans les récentes années et nous confiait qu’elle n’aurait pas quitté la Chine à l’époque si celle-ci avait été dans la situation actuelle. « We left just before things improved and we missed the train… »
Nous avions aussi le privilège de partager notre vaisseau avec une mannequin sexagénaire chinoise qui (semble-t-il) connait une certaine célébrité ici et qui posait visiblement pour de la promo de la croisière.
Inspirés, nous avons aussi participé à un cours de taïchi au petit matin, ce qui fut aussi une belle découverte.
La croisière se terminait par une visite du site du plus gros barrage au monde (Three Gorges Dam) dont l’étude de faisabilité a été commandée à nos ingénieurs québécois dans les années 70 et qui a été achevé et mis en service en 2009. Le barrage a inondé de nombreux villages et villes bordant le fleuve, forçant la relocalisation d’environ 1.5 millions de personnes. Bien que le gouvernement chinois ait mis en place un programme de relocalisation et de compensation des populations affectées, certains des villages que nous avons pu visiter démontraient un taux de désœuvrement élevé mais la jeune génération semble s’être mieux adaptée et vie notamment du tourisme attiré par la navigabilité engendrée par la hausse du niveau des eaux du fleuve. La polémique reste forte sur ce projet gigantesque. La Chine aura connu plusieurs épisodes où elle aura pris le taureau du progrès par les cornes et aura mobilisé ses ressources et demandé des sacrifices à sa population pour le « bien commun ». Qui sommes-nous pour les juger, nous qui sommes des enfants de l’hydroélectricité…
Nous sommes débarqués à Yichang, ville terne qui ne sera pour nous que le transit vers notre prochaine destination : Zhangjiajie, pays des êtres bleus du film Avatar…














