La Jordanie
class="entry"PétraNous avons quitté Aqaba tôt lundi matin pour nous rendre à Wadi Musa, petite ville qui borde le site archéologique de Pétra. Un "wadi" est un lit de rivière asséché.
Pétra est difficile à décrire car c'est une expérience visuelle d'abord et avant tout. Deux civilisations ont architecturalement transformé cet immense canyon qui se prolonge dans une vallée.
Vers la fin du 8e siècle avant J-C, les nabatéens occupaient ce point de passage commercial important pour la région. Peu de vestige sont encore visibles de cette époque mais il est impressionnant de voir comment ils creusaient déjà des habitations troglodytiques (creusées à même la roche). Peu d’information est cependant parvenue jusqu’à nous sur cette période.
Par la suite, la ville a été annexée par les romains et les vestiges les plus impressionnants datent de cette époque.
Le site est immense et nos iPhone nous disent que nous avons marché plus d’une trentaine de km en 2 jours. Un peu partout les bédouins et leurs cousins « bédouls » offrent aux visiteurs de l’artisanat local mais surtout de vous « lifter » à dos d’ânes ou de chameaux vers les points d’intérêts environnants.
L’entrée sur le site se fait par un étroit canyon d’environ 1,5 km qui servait aussi à alimenter la ville en eau. Des belles randonnées se font sur les hauteurs du canyon. La vallée qui s’ouvre à la sortie du canyon héberge de nombreux sites archéologiques. Au fond de la vallée, un sentier gravit, de ses 880 marches, un sommet sur lequel trône un impressionnant monastère troglodytique.
Après 2 journées de découvertes et de randonnées, nous étions heureux de retrouver l’hôtel en prévision de notre départ mercredi matin pour le Wadi Rum.
Le Wadi RumIl s’agit en fait d’une zone désertique peuplée par les bédouins et qui est truffée de canyons, d’arches, de falaises et de grottes.
C’était aussi pour nous l’occasion de découvrir le mode de vie de ces fameux nomades.
Cela dit, les bédouins sont de plus en plus sédentaires et ceux du Wadi Rum ont maintenant leur village à l’entrée de la région et, bien qu’ils parcourent encore constamment le désert, leurs tentes sont maintenant souvent érigées à côté de leur maison. Pour découvrir le Wadi Rum, nous avions rendez-vous avec Mafleh, un guide que Mauricio et Marie-Josée avaient utilisé il y a quelques années lors de leur voyage.
A notre arrivée Mafleh, notre guide, nous amène dans la cour de la maison où une tente bédouine est montée. Des tapis orientaux jonchent le sol poussiéreux et deux de ses fils s’y trouvent. Sa femme nous rejoint peu après. Les introductions faites, nous ressentons un certain malaise à rester ainsi sans trop savoir quoi dire ou quoi faire, outre boire le thé qui nous a été offert. Nous comprenons rapidement que nous sommes simplement acceptés dans leur famille et que c’est à nous d’adopter le lent rythme de vie que nous assumerons pour les 2 prochains jours.
A un certain moment, Mafleh et sa femme nous font visiter leur jardin. Bien que celui-ci soit entouré d’un terrain vague où trainent des débris de toutes sortes, à l’intérieur des murs le jardin est magnifique et comporte un immense olivier, plusieurs arbres fruitiers et un potager qui peuvent certainement nourrir la famille de 6 enfants.
Un jeune garçon d’une dizaine d’années arrive alors accompagné de deux chameaux qui seront nos montures pour le début du voyage. Mafleh nous explique que nous ne ferons que la première partie (un peu moins d’une heure) à dos de chameaux et que nous poursuivrons en Jeep car voyager longtemps à dos de chameaux (qui sont en fait des dromadaires mais la subtilité n’existe pas dans la langue arabe) demande une certaine accoutumance.
Nous partons sur nos chameaux tirés par Ali, le jeune garçon qui les a amenés et un des fils de Mafleh. Après une dizaine de minutes, ils nous remettent les rênes et nous suivent en placotant. Nous arrivons à une grande tente où deux bédouins nous offrent de prendre le thé pendant que les chameaux s’abreuvent à un bassin alimenté par une source. Des objets d’artisanats, du thé, de la sauge et de l’ambre sont étalés sur une étoffe mais les bédouins ne sont pas insistants et nous laissent prendre le thé en jasant avec nos guides.
Notre Jeep arrivera peu après et nous quittons avec l’ainé de la famille qui nous fera visiter les principaux sites de la région. Le désert du Wadi Rum est une étendue de sable où poussent de petits buissons et d'où émergent d’immenses structures rocheuses. La roche est un mélange de granit et de grès plus friable. L’érosion a creusé des cavités dans la roche qui lui donne souvent des aspects étonnants, comme si une multitude de petites alcôves y avaient été creusées.
Nous nous arrêterons fréquemment pour de courtes randonnées dans de petits canyons ou sur des ponts de roches ou encore pour admirer les pétroglyphes (inscriptions faites au cours des 1200 dernières années) que l’on trouve un peu partout dans la région (si on sait où les chercher). Nous nous arrêtons aussi parfois à un campement où nous reprenons le thé avec les bédouins qui l’occupent.
Vers la fin de la journée, le jeune homme peu loquace nous dépose avec nos sacs à dos devant une paroi rocheuse qui forme un abri, nous demande paiement de la première journée et quitte avec le Jeep en nous disant que son père reviendra bientôt. Il nous suggère aussi d’escalader l’énorme dune qui est tout près, le paysage étant magnifique de son sommet.
Il y a des moments où il faut avoir la foi… Nous entreprendrons l’ascension non sans regarder fréquemment notre petit campement et l’immensité qui nous entoure.
Un peu moins de deux heures plus tard, au soleil couchant, Mafleh et sa jeune femme nous rejoignent. Ils connaissent l’endroit et un feu est allumé sur lequel un énorme poêlon laisse échapper le fumet du repas préparé par nos hôtes.
Pendant ce temps, nous prenons le thé et discutons. La mère des enfants est décédée il y a 3 ans et Mafleh s’est remarié avec sa jeune épouse il y a deux ans. Il nous parlera avec émotions de cette dure transition mais il est évident que le nouveau couple est heureux et tout au long de cette soirée et de la journée qui suivra, nous serons touchés par leur complicité. Sa jeune épouse ne parle que l’arabe et Mafleh lui traduit régulièrement la conversation. Mais durant de longs moments, ils converseront sans gène entre eux. Rien ne semble très compliqué chez les bédouins…
Nous dormirons à la belle étoile sous une lune qui, bien qu’elle éclipse les étoiles, donne des allures magiques au paysage désertique qui nous entoure. Au milieu de la nuit, nous nous réveillons en même temps et admirons un ciel étoilé magnifique et, constatant qu’il est minuit passé et que nous sommes le 22 octobre, nous nous souhaitons un bon 12e anniversaire ;-)
Pétroglyphe
Le lendemain, après avoir pris le thé et un petit-déjeuner, nous repartons tous les quatre pour visiter des parties moins touristiques du désert. Mafleh est un excellent conducteur et malgré l’âge vénérable de son véhicule, il nous promènera à travers son désert en commentant et en partageant sa passion.
En début d’après-midi, il s’arrête sous une petite voute rocheuse en nous disant que c’est un endroit où il venait souvent dormir quand il était plus jeune. Nous sommes à quelques km de la frontière saoudienne à l’extrémité du Wadi Rum. Rapidement, un feu est allumé et… nous prenons le thé.
En embarquant, nous remarquons que le pneu avant gauche est plus dégonflé que nécessaire (il faut garder une basse pression pour rouler dans le sable) et… qu’il n’y a pas de pneu de secours… Après quelques minutes, Mafleh conduit la tête sortie du véhicule en regardant son pneu qui s’affaisse rapidement. Sa femme tient son cellulaire bien haut cherchant visiblement un signal…
Nous roulons quelques kilomètres sur le pneu à plat qui commence à se déchiqueter. Mafleh semble savoir où il va… Soudain, sur une butte se dresse une étrange structure formée de 4 murs de bloc de ciment surmontés de fils barbelés comme une minuscule prison au milieu du désert. Mafleh nous expliquera qu’il s’agit d’une station météorologique désaffectée mais qui est en ligne de vue avec la vallée où se trouve le village à plusieurs kilomètres.
Il est bien passé midi, nous devrions normalement être au village mais nous sommes plutôt en plein milieu du désert avec un pneu crevé et sans pneu de secours…
Il faut croire que nous commençons à développer un peu de bédouin en nous car nous ne sommes nullement stressés. Un feu est allumé et devant l’adversité… on boit du thé!
Mafleh obtiendra du signal et contactera finalement un bédouin qui n’est pas trop loin avec son touriste italien. Ils nous rejoindront pour prendre le thé et nous prêter un pneu de secours.
De retour au village, nous retrouvons toute la famille le temps d’un dernier thé. Il est sans doute temps que nous quittions car nous n’aurions pas pu ingurgiter une autre tasse de thé mais nous avons été très touchés de l’accueil chaleureux que nous avons reçu et de ces deux journées à vivre comme des bédouins, qui sont décidément très attachants.
Mafleh
Deux bédoins
Retour à Aqaba
Aujourd'hui nous avons fait deux belles plongées dans la mer Rouge dont une sur une épave.
Nous revenons de prendre une grande marche et des "sandwich roll" achetés à un petit comptoir dans le souk et que nous sommes allés manger au bord de la plage. C'est jour de congé ici le vendredi et la ville était très animée. Des feux d'artifices au loin, la plage bondée de familles et d'enfants qui jouaient dans l'eau dans la chaude soirée...
Aqaba est aussi belle qu'Eilat est laide... Heureusement, nous ne ferions qu'y passer demain pour prendre notre vol pour Tel-Aviv.
Le récit était un peu long mais il y a tant à dire sur la Jordanie... Belle découverte!